DJEREHOUYE : un cas d’école

Harmonisation des normes et des procédures du contrôle du gabarit et du poids, charge à l’essieu des véhicules lourds de transport de marchandises…De plus en plus, le Togo fait la différence en ce qui concerne l’application du Règlement 14 de l’UEMOA. Voyage à Djéréhouyé, au cœur d’un poste de contrôle des charges à l’essieu, modèle sur le continent.

A 15 km d’Atakpamé, sur la nationale N°1, se trouve une file de camions gros porteurs. A quelques mètres, devant un grand espace aménagé, on peut voir des agents de la Division Sécurité Routière réguler la circulation, afin que chaque camion passe faire les vérifications nécessaires avant de poursuivre le voyage. Bienvenue au poste de contrôle des charges à l’essieu de Djéréhouyé. « Chaque Etat membre doit mettre en place un système de postes fixes de contrôle sur route des véhicules routiers lourds, couvrant le réseau routier communautaire, à des fins de contrôle du respect des normes fixées par le présent Règlement (…) », précise l’alinéa a de l’article 13-1 du Règlement N°14/2005/CM/UEMOA.

Opérationnel depuis 2014, ce poste, l’unique au Togo, permet de faire de l’entretien préventif des routes, dans le respect de l’application du Règlement 14 de l’UEMOA. Dans la cour, on peut apercevoir des camions qui passent, chacun à son tour, afin de contrôler leur poids total autorisé en charge. La procédure est simple. Le chauffeur reste au volant, son apprenti descend avec les pièces du camion pour qu’on le renseigne dans la base de données du poste de Djéréhouyé. Ensuite, il faut faire passer le camion sur la rampe, sous le contrôle des agents d’appui. Le pèse-essieu fixe y est fixé. Une vitesse de 5km/h est requise pour passer sur la rampe. Un dernier contrôle est effectué à la sortie du poste, et le camion peut poursuivre son voyage s’il est jugé conforme. « Chaque poste fixe de contrôle est équipé d’un mécanisme de pesage des véhicules pour le contrôle de la charge à l’essieu et du poids total du véhicule, et d’un dispositif de mesure du gabarit. (…) », stipule l’alinéa b de l’article 13-1 du Règlement N°14/2005/CM/UEMOA.  Le Togo, jusque-là, respecte à la lettre les dispositions légales du Règlement.

« Tous les camions chargés doivent passer ici pour le contrôle, sous la supervision d’un agent de la DSR. Après pesée, les cas corrects n’ont pas de souci. Les camions en surpoids sont frappés d’une amende de 20.000F / tonne d’excédent sur le plan national et 60.000 F / tonne sur le plan international », nous confie sur place, Hourodjéba Missihame, le responsable du poste de Djéréhouyé. « La surcharge des camions est la cause principale de la dégradation du réseau routier. Le poste de pesage de Djéréhouyé est mis en place à cet effet dans l’esprit du Règlement 14 de l’UEMOA qui est notre feuille de route », renchérit Hourodjéba Missihame.

Réformes salutaires

Depuis décembre 2019, le poste de pesage de Djéréhouyé a pris des dispositions particulières concernant les camions en surcharge de 4 tonnes et plus, de même qu’à l’encontre des récidivistes. Ici, au-delà du fait que le contrôle est strict, la mesure en vigueur depuis quelques mois porte déjà des résultats. « Nous avons répertorié des sites sauvages après notre poste, où les camions reprennent les surcharges après contrôle chez nous. Ce qui est grave, malhonnête de la part des chauffeurs, et illégal. Nous sommes passés à la vitesse supérieure depuis décembre 2019. Et l’autorité a mis les moyens pour ça », décrit Hourodjéba Missihame.

En effet, pour les camions en surcharge de 4 tonnes, c’est le délestage systématique conformément à l’article 14 du Règlement : « l’exploitant d’un véhicule non conforme lors de son contrôle, par rapport aux normes de chargement édictées aux articles et 4 et 5 du présent Règlement, a l’obligation de se conformer à la réglementation avant de remettre le véhicule en circulation. Nonobstant l’acquittement des amendes encourues, l’exploitant du véhicule est tenu de faire décharger l’excédent de chargement du véhicule et/ou de réaménager le chargement du véhicule afin de ramener sa charge et son gabarit dans les limites autorisées les frais de déchargement, d’entreposage, de gardiennage et de rechargement des marchandises déchargées sont à la charge exclusive de l’exploitant du véhicule. Les opérations de déchargement, de mise en entrepôt et de rechargement, ainsi que le gardiennage sont assurés par l’opérateur du poste de contrôle et sous sa responsabilité. L’établissement de ce barème relève de la compétence de l’Etat membre, en application des dispositions de l’alinéa a- de l’article 13-5, exception faite des postes de contrôle juxtaposés. »

La mesure est efficace et a le mérite de faire disparaître les sites de rechargement sauvages installés après le poste de Djéréhouyé. « Nous composons une équipe mixte avec la douane des Plateaux, la DSR, et la SAFER. Pour les camions en surcharge de plus de 4 tonnes, nous n’amendons pas. Nous faisons ce qu’on appelle le délestage systématique. Les camions en question sont déchargés. Les pièces du véhicule sont confisquées et confiés à la DSR, puisque ces camions sont en infraction. Nous organisons alors une mission conjointe avec les entités que je viens de citer pour convoyer ces camions jusqu’au poste de frontière de Cinkassé pour nous assurer qu’ils ne sont pas passés par un site sauvage de rechargement ou de surcharge. Et c’est à la frontière que nous leur remettons les pièces », explique Hourodjéba Missihame, le responsable du poste de Djéréhouyé. « Les frais d’escortage du camion sont bien évidemment à la charge des camionneurs en infraction. Ils s’acquittent chacun du payement des frais dont nous faisons la répartition entre eux et nous nous chargeons du reste. C’est rigoureux, parce que les chauffeurs pensent que nous nous amusons ici », affirme-t-il. « Les cas de récidive sont soumis aux sanctions disciplinaires. Nous avons enregistré des cas de récidive et nous avons. Les gens pensent que nous sommes rigoureux. Mais il faut respecter le Règlement. Et c’est notre mission », poursuit le responsable du poste de Djéréhouyé.

Cette mesure, à la différence des autres pays voisins du Togo, est saluée par beaucoup. Selon nos recoupements auprès de certains transporteurs, d’autres pays de la sous-région amendent juste le surpoids des 4 tonnes et plus, pour faire passer le camion.

Bilan et défis

Avec les nouvelles mesures prises par les autorités au poste de pesage de Djéréhouyé, les sites sauvages de rechargement ont disparu. « Ce que les camionneurs en infraction appellent communément Cinkassé 2 n’existe plus. Nous constatons aussi une diminution du nombre de camions surchargés. Auparavant, on enregistrait au moins 400 camions en surcharge. Avec le renforcement des mesures depuis un temps, on ne compte plus que quelques camions surchargés. Il y a un impact significatif. L’extrême surcharge a aussi diminué. Le message passe et les chauffeurs sont de plus en plus disciplinés », se félicite Hourodjéba Missihame.

Djéréhouyé pense à relever bien des défis. Actuellement sur le site, une nouvelle plateforme est en construction pour fluidifier les opérations. « Ce sera la deuxième plateforme », informe Hourodjéba Missihame. « Nous avons une moyenne de 400 à 600 camions par jour à peser. Nous pensons également à faciliter la tâche à tout le monde », ajoute-t-il.

Selon le Règlement 14 de l’UEMOA en son article 15, « tout refus délibéré du conducteur d’un véhicule de passer sur le pont bascule ou sur le pèse essieu est sanctionné d’une amende de 100.000 FCFA indépendamment des autres mesures coercitives applicables. Cette sanction frappe l’exploitant du véhicule, libre à lui de se retourner contre le conducteur ».

Elom ATTISSOGBE